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Tout le monde me regarde encore bouche bée. Qu’ils ont l’air d’idiot. Surtout Michel, avec sa tête de poisson rouge. Il fulmine, bien mon gars cherche comment reprendre le dessus car tu ne vas jamais trouver. Ton maître se tiens là devant toi, soit tu ploies ; soit tu te casse.

Sainte Marie se lève.

- Je pense qu’il nous faut prendre le temps de réfléchir posément aux deux options que l’ont nous proposes, dieu nous guid …

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Storm

C’est l’histoire d’un braquage. Oui, un braquage. De banque. Oh, bien sûr, pas un braquage comme un autre. Tout d’abord parce qu’il sort du contexte habituel. Au revoir Chicago, New York, Tours, ou toute autre grande ville du crime international. Bienvenue dans le monde de Londres. Ha… Londres. Fish, Chips, tasse de thé, bouffe dégueux, temps de merde, Marie Poppins de mes deux, comme disait un grand philosophe. Mais ceci-dit, une bien belle ville. Joyau de la Reine, même, diront certains - surtout des londoniens -. Londres a vu naitre bon nombre d’artistes qui marquèrent leur temps, mais n’étant pas dans un cours d’histoire le seul de réellement intéressant se trouve être Andrew Wilson. La question est de savoir ce qui différencie ce jeune blondinet en apparence bien sous tous rapports de quelqu’un d’un poil plus illustre comme, disons, William Shakespeare.

C’est l’histoire d’Andrew Wilson. Oui, Andrew Wilson. Un jeune londonien qui naquit de l’union et amour modeste de Catherine Jacobs et de Frederick Wilson, tout deux londoniens depuis bien des générations, de profession modeste et d’esprit simple. Le père Frederick était boulanger et le jeune Andrew aurait du suivre cette voie si il n’avait pas eu un esprit un peu plus libre que prévu. Il se trouve que le jeune homme ne se voyait pas derrière des fourneaux toute sa vie et aspirait à de plus grands faits d’arme. Plus rouges surtout. Il était anarchiste, et contraire à ce qui se raconte dans certains milieux, ça n’est pas une tare. Juste une passade d’adolescent, d’après les experts en la matière qui vendent des livres sur le sujet. Frederick Wilson n’était pas contre cette dernière théorie, mais il estima qu’il était temps pour son fils de vivre sa passade d’adolescent chez les autres quand il se rendit compte que la fameuse adolescence débordait plus que largement sur la vingtaine. C’est ainsi que notre un peu moins jeune Andrew se retrouva à la rue.
Comme on le dit, la vie n’est pas facile dans cette fameuse rue. Surtout quand on n’a jamais été fort à l’école. Heureusement pour notre « héros », ses lacunes étaient plus du fait de la fainéantise que d’un réel manque de faculté mentale, et en plus le petiot se débrouillait pas si mal avec ses poings. Alors, pensez qu’un couteau lui suffit pour se frayer un chemin à travers la faune grotesque des bas fonds pas si impressionnants que ça, mais londoniens tout de même. Inutile de rentrer dans les détails rébarbatifs. Il faut tout de même se dire qu’Andrew ne tarda pas à trouver un groupe d’admirateurs à qui il pouvait dispenser ses enseignements, son fameux « ni dieu, ni maître, mais n’oublie pas qui est le chef ici » en tête. Et gare à celui qui y verrait un paradoxe. Seulement voila, les années passent, et si les petits larcins sans envergure, la vie à plusieurs dans un appartement miteux et les coucheries d’un soir dans une pièce pleine de ronflements et de commentaires avaient leurs charmes, comme il a été dit plus tôt Andrew aspirait à une destinée plus glorieuse. Et c’est ainsi qu’un soir, muni d’une baguette de pain et de deux bouteilles d’eau, il s’isola dans les toilettes pour n’en ressortir victorieux que deux jours plus tard, au grand damne de ses colocataires.

C’est l’histoire d’un plan de génie. Oui, un de ces plans de génie qu’on ne trouve que dans les livres spécialisés du genre. Oh, bien sûr, on l’a déjà fait le coup du plan infaillible mais qui rate parce que le héros arrive. Sauf que, dans le cas présent, c’est un plan de génie Made in Hero ! Et même qu’il a été conçu sur LE trône ! Si ça n’est pas la preuve d’une ascendance royale, ça ?
Argumentaire peu convaincant pour un publique sceptique, mais suffisamment aguichant aux yeux d’esclaves complètement lobotomisés par des années de propagande anarchiste dirigiste. Rien d’étonnant alors quand Pedro aux doigts de fée s’est vu attribué la question du coffre fort. Chang, le petit asiatique fraichement débarqué dans le groupe, du tenir le rôle du petit vicelard qui pouvait claquer un fusible n’importe quand pendant le grand Mouss fit le grand balaise calme de service. Bob fut parfait comme faux client mêlé aux victimes pour mieux déjouer leurs plans de fourbes - Andrew avait vu ça dans un film. Il avait trouvé ça cool -. Quant à Hans et Philippe, ils formaient la brigade anti alarme dont l’efficacité allait déterminer beaucoup de choses, comme le temps d’intervention des flics et les potentielles pertes. Ca aussi, ça compte. Surtout au moment du partage. On ne l’oublie que trop souvent. Les détails du plan n’importent guère maintenant que les protagonistes sont en place. Il faut quand même savoir qu’ils trouvèrent un hangar très accueillant pour répéter. Andrew, en bon réalisateur avisé, fit rejouer plusieurs scènes à ses acteurs de fortune jusqu’à obtenir un semblant de perfection. Comme il aimait à le répéter, « le jour J, si un seul d’entre vous déconne, on y passe tous. Alors appliquez vous bande de moules ». En vrai, il s’en foutait. Son adrénaline montait agréablement pendant les répétitions. Il lui tardait juste de passer au grand final pour voir jusqu’à quel point il pouvait devenir exciter. Ca, c’était la vraie vie.

C’est l’histoire d’une épopée. Oui, une vraie épopée. Avec de l’action, de l’amour, du chagrin et des moments dont la postérité se souviendra pendant des siècles et des siècles - Amen ! -. Une épopée mise en scène par Sir Andrew Wilson et dont les principaux protagonistes n’étaient qu’une bande de rebus sociétaires il n’y a pas deux mois. Heureusement que la providence passe et permet de transformer des inconnus en star. Oh, bien sûr, la providence peut parfois jouer de bien mauvais tours, mais que serait la vie sans imprévus. C’était bien entendu l’avis de notre blondinet de chef anarchiste qui n’était pas arrivé à dormir la veille de la grande première. Son équipe non plus, mais plus par anxiété. C’est ce qui permet de distinguer les grands des larbins.
Le coup d’envoi était prévu pour 14h, heure à laquelle les gardiens devaient encore être sur leur digestion. La matinée était donc réservée à une ultime répétition et mise au point du matériel. Et encore une fois tout était plus que satisfaisant. La langue d’Andrew n’en pouvait plus de visiter ses lèvres qui s’asséchaient à une vitesse à faire baver d’envie un lac saharien. Il n’en pouvait plus de compter les minutes. Ca allait être l’éclate !
A 13h, ils avaient tout remballé. Hans, qui était parti en éclaireur, revint avec une grande nouvelle. A midi, les vigils s’étaient goinfrés de boudin frittes. Un bon repas bien diététique qui ne pèse pas du tout sur l’estomac. Une étoile veillait définitivement sur nos larrons, et c’est avec une fleur au fusil qu’ils montèrent en voiture pour se rendre à leur théâtre. Ils étaient fiers, ils étaient forts. Ils étaient aussi beaux, ou tout du moins le pensaient-ils. C’était leur histoire, et Londres allait le savoir. Anarchie et pognon, il n’y a que ça de vrai et ça n’était pas le papy qui s’était installé sur le banc en face de la banque qui allait le contredire. « Regardez le, celui là, avec son parapluie en plein soleil et son gros manteau miteux en plein été. » Ils rigolèrent tous, et le vieux leur adressa un sourire aimable quand ils passèrent devant lui. Pedro pensa un instant que l’ancêtre riait intérieurement, tellement sa mine était lumineuse. Le larron laissa discrètement une pièce. Apres tout, il allait bientôt être riche. « Merci mon bon monsieur », entendit-il, mais il ne releva pas.

C’est l’histoire d’un braquage. Oui, un braquage. Mais pas n’importe quel braquage. Un braquage londonien, mis en place par une bande de racailles à qui tout réussissait et qui possédait un plan parfait. Ils avaient même la bénédiction d’un vieux clodo du coin qui s’était installé sur un banc en face de leur banque, comme si il ne voulait rien rater du spectacle. Et eux, ils étaient tous la, sur les premières marches sans tapis rouge. Moins la brigade anti alarme, bien sûr. Les quatre garçons pleins d’avenir prirent à l’unisson leur respiration et fixèrent un instant le ciel où brillait un soleil éclatant. Pas un nuage en vue. Ils enfilèrent leurs masques. Andrew face-de-Mickey jeta une dernière fois un regard en arrière avant de s’engouffrer dans l’imposant bâtiment. Mesdames et messieurs, sous vos yeux ébahis…
Le vieux applaudit, un sourire béat aux lèvres. Puis il réajusta confortablement son popotin et prit son parapluie. On ne sait jamais, on est à Londres, tout de même. Le soleil ne dure jamais très longtemps.

La messe est dite

Le pentacle était formé. Les sigles cabalistiques biscornus tracés. Les cercles de protection antiques gravés dans le sol rocheux. Dans leur cage, une chèvre noire et deux poules blanches s’agitaient, nerveuses. Bien sûr, on peut difficilement dire qu’elles savaient ce qui les attendait dans cet avenir proche, oppressant et qui fait se dire qu’on est finalement mieux dans son poulailler ou sa bergerie, mais l’instinct animal n’est pas à prendre à la légère. Et dans tous les cas, s’il y a bien des animaux craintifs par nature…
Cinq formes noires encapuchonnées prirent position silencieusement aux cinq angles impies. Une sixième prenait son temps, le nez fourré une dernière fois dans un gros tome poussiéreux et flétri par endroits, comme un étudiant à quelques minutes d’un examen important.
« Karl ? », lâcha le sixième sans lever la tète.
« Ouais ?
- Tout est prêt ? »
Le sixième était autoritaire. Ca n’était pas le cas de la troisième capuche. Plutôt pas tellement assurée.
« Euuuh… Ouais. On a revérifié une sixième fois, comme tu l’as demandé.
- Mmmmh… Bien ! Maria ?
- Oui ?
- Tu as corrigé ton défaut de prononciation à la quatrième strophe ? »
Le sixième était dur et froid cette fois. La quatrième mal à l’aise mais volontaire.
« Je crois…
- Tu crois ou tu en es sûre ?
- J’en suis sûre ! J’y ai passé la nuit, mais c’est bon maintenant ! C’est rentré ! »
Le sixième ne releva pas. Il laissa de côté son codex et s’approcha de la cage. La chèvre recula. Il s’accroupi et lui lança un regard lourd et impliquant un paquet de détails peu ragoutants. Elle rumina. Une fois. Lentement.
« Toi, ma cocotte, ça va faire six mois, six jours et six heures que tu me gonfles. Crois-moi quand je te dis que je vais te le faire payer. Et chère. »
Elle jugea plus sage de ne rien rétorquer. Une poule leva un œil plein d’absence d’intelligence et lâcha un gloussement discret, pour la soutenir. Le sixième se releva, satisfait : même des animaux aussi stupides le respectaient, c’était un début de victoire. Le deuxième gallinacé hésita l’espace d’un instant à émettre une objection quand il repéra une graine oubliée.
Le sixième jeta un dernier coup d’œil à sa montre. Un silence pesant régnait à présent. La fraicheur du lieu où ils tenaient leur réunion n’empêchait pas une goutte de sueur de perler lentement le long de la joue de la première capuche. Des secondes obèses se trainaient avec peine vers des minutes endormies. Heureusement, un cri presque emprunt d’une joie malsaine résonna entre les hautes voutes et mis fin au calvaire en réveillant tout ce beau monde.
« C’est bon ! On y est ! »
Un soupire silencieux collectif ne résonna pas, mais l’envie y était. Les capuches s’agitèrent silencieusement. Les animaux prièrent silencieusement ! Le sixième brandit fièrement une superbe dague sacrificielle en plaque or et regorgeant de verre coloré taillé qui provoqua l’admiration de ses sbires.
« Ouah ! Elle est géniale !
- Et ouais. Je l’ai achetée à prix d’or dans une petite boutique ésotérique tenue par un vieux grincheux. Beaucoup de négociations. »
10$ sur EBay. Mais leurs visages admiratifs n’avaient pas de prix.

La première poule tenta vaguement de se débattre pendant que sa vie s’écoulait goulument dans un godet en plastique peint. Un sourire carnassier illuminait le visage de son tortionnaire alors qu’il se livrait enfin à son rêve. Des années qu’il attendait ça ! Il ne comptait plus le nombre de pages internet, de forums, de revues ou de témoignages qu’il avait consulté pour être parfait le moment venu. Il avait même répété sur des oreillers, au grand dam de sa mère. Mais, mis à part la volée de duvet, ça n’était pas pareil.
Un deuxième tas de plumes se jeta assez vite auprès de son confrère pour refroidir avec lui. Il pouvait au moins avoir la satisfaction d’avoir montré plus de résistance. Ca lui vaudrait peut être une médaille au paradis des volailles.
Le sixième examina d’un œil expert le liquide épais qui remplissait son godet frappé de la puissante rune cabalistique Tupperware. Il huma son arôme, apprécia la texture et commenta d’un « parfait » d’œnologue. Satisfait, il lança fièrement un « Procédez. » à ses ouailles.
Ses acolytes psalmodièrent alors des incantations dans une langue qu’aucun d’entre eux ne comprenait. Le sixième versa précautionneusement la vie des volailles dans les rainures des cercles de protection mystiques gravés dans la roche. L’atmosphère sembla s’épaissir et se teindre, comme sous l’effet d’une lueur rougeâtre venue d’ailleurs. C’était bon signe.
Il laissa de côté le bol sacrificiel au rabais et se présenta devant la chèvre. Il lui sourit. Elle rumina. Une fois. Lentement. Il bomba le torse pour se donner un style, ouvrit la cage et tira l’animal sur le pentacle. La pauvre bête n’opposa pas la moindre résistance, surement déjà résignée sur son sort.
La dague se leva. Un « prends ça, saloperie » solennel retentit. La chèvre conclu son existence passée à ruminer par un faible bêlement sans conviction qui se mélangea avec de sinistres gargouillis.
Le sixième lâcha une corne encore chaude qui alla mollement rejoindre un tas de soubresauts et se détourna du spectacle pourtant excitant. Malgré la capuche, sa jouissance se lisait sur son visage et se ressentait à travers tout son être. Il en tremblait presque. D’une voix tonitruante qui résonna entre les voutes gothiques de l’église désaffectée, il énonça ce qu’il avait répété en cachette depuis des semaines. Voire des mois.
« Abrazel Nul Klichen ! Debz noran kunitz Voren ! Terenviel nul ottorenkan ! Murk’zen torazoner vun karakas ! Osterrach blen nul kofit tennon kulzich oron nolzin ! Vraich ! Lucifer ! Vraich ! Eti narz ! »
Le silence retomba comme une pierre tombale. Personne n’osait parler. Personne n’aurait même osé respirer si ça avait été possible. Ils attendaient tous. Quelque chose allait se passer. Quelque chose devait se passer. Quelque chose avait intérêt à se passer, sinon ça allait barder ! Ils ne s’étaient quand même pas encore fait arnaquer !

Comme pour les rassurer, une fumée noire émanant abondamment de la chèvre interrompit le cours de leurs pensées. Elle monta rapidement en une colonne noirâtre pour s’écraser telle une cascade inversée contre le plafond. A l’intérieur, une ombre se dessinait lentement. Chacun retenait son souffle. Un mélange de surprise et d’excitation les paralysait.
C’est ainsi qu’Il apparut, à la fois horrible et envoutant, repoussant et attirant, démon à l’apparence de mannequin parfaitement lisse, noir comme l’ébène et aux yeux de feu. Une certaine déception, due certainement à l’absence de dents démesurées, de griffes crochues, de cornes acérées, de queue fourchue, de flammes infernales, de sabots velus, d’odeur de stupre, de cris de damnés et de vierges étripées se fit ressentir du côté du publique, ce qui ne l’empêcha nullement d’accueillir l’apparition avec moult « ouah », « génial », et autres « trop cool, mec ». Il y répondit par un simple « Bonjour. Lequel d’entre vous m’a invoqué ? » tout bête. Même pas guttural. Sans écho. Et sans mimique grotesque, roulement des yeux ou vomissements barbares. Juste… normal. Peut être teinté d’amabilité. Les cinq premiers le regardèrent avec des yeux ronds et des bouches de truite.
« Bin quoi ?
- Vous… Vous n’êtes pas censé prendre une voix d’outre enfer, vous adresser à nous en nous traitant de mortels et nous menacer de nous éventrer et de nous manger les tripes dès que vous serez libre ? »
C’était le deuxième qui avait parlé, mais les quatre autres acquiesçaient. Le sixième était aussi de cet avis, mais il préférait garder un air suffisant et fier, les bras croisés, la capuche basse et la robe cabalistique made in Harry Potter au vent – même si il était difficile de trouver ledit vent dans une église close -. Le démon afficha un sourire… penaud. Il avait vraiment un air sympathique, franc et gêné.
« Non, désolé, rien de tout cela. Racontars de bonnes femmes, ça nous fait une sale réputation, vous savez. De temps en temps, on accepte de s’y livrer. Comprenez, pour le folklore. C’est inutile aujourd’hui, je ne suis… »
- ASSEZ ! »
C’était autoritaire. C’était péremptoire. C’était une voix puissante. C’était bien sûr le sixième. Il avait relevé sa capuche et toisait le démon d’un regard noir. L’autre semblait surpris.
« Et la polit…
- J’ai dit assez ! Si je t’ai invoqué, engeance infernale, et soumis aujourd’hui, ça n’est pas pour faire la causette ! J’ai de grands projets pour toi ! Pour nous ! »
Un « ouah » admiratif s’échappa d’une des capuches. Le sixième bomba le torse et le démon éclata de rire.
« Soumis vous dites ? Naaaaan. Vous n’êtes pas sérieux ? Ou alors, il doit y avoir une erreur… »
Un regard haineux l’arrêta.
« Plus sérieux que jamais…
- Ha ?
- Et aucune erreur n’a été commise !
- Diantre…
- Les cercles de protection ont été tracés et remplis comme il le faut !
- Si vous le dites…
- Les chants de liens ont été récités… » Le sixième marqua une pose et lança un regard mauvais a la quatrième. « …Correctement !
- Mmmmh… Ha, oui ! Saperlipopette !
- Tu as beau te moquer de moi, tu as été invoqué et lié, et tu ne pourras quitter ce pentacle que quand je le déciderai !
- Oh…
- C’est-à-dire quand tu auras récité ton vœu de soumission. »
Le sixième bouillait intérieurement du fait des quolibets de son interlocuteur. Une grimace de rage et de victoire le défigura quand il ajouta un « je connais les règles ! » sans appel. Le sourire moqueur disparut du visage lisse et noir. Un soupir s’échappa d’une bouche parfaite. Le mannequin d’ébène prit un air blasé quand il posa un pied hors du pentacle. Horrifiés, les autres reculèrent. Ca, ça n’était pas prévu. Alors, d’une voix ennuyée, il énuméra en comptant sur ses doigts.
« En vrac : la chèvre doit être blanche, l’église désacralisée selon les rites du moment. Les poules jeunes et à jeun depuis 24 heures. Le bol du sacrifice en terre cuite… »
Les visages devenaient livides. Rouge dans le cas du sixième.
« … les cercles de protection ne sont pas tout à fait concentriques, présentent des imperfections et ne sont pas à la bonne taille. Le pentacle n’est pas droit… »
Le troisième toussa discrètement. Quelque chose- ou plutôt, quelqu’un - le mettait mal à l’aise.
« … la dague n’est pas conventionnelle. La prononciation des troisième et quatrième strophes du chant de lien laisse à désirer… »
La quatrième sentait sur elle l’attention d’une présence hostile. Un frisson lui parcourut l’échine.
« … Osterrach ne se prononce pas Osteuratsh, il manquait de l’encens impie, et je ne suis pas Lucifer… ».
Il baissa un œil vers le sixième qui lui renouvela son regard noir.
« J’en ai oublié, mais… Vous ne pensiez tout de même pas invoquer Lucifer, non ? »
La question était posée sur un ton plein de reproche. Elle n’eut pas réponse. Le démon afficha un grand sourire sincère quand il ajouta un « mais ne vous en faites pas, de toute façon ça n’aurait servit à rien. C’est juste un leurre à pigeons. » . Le sourire disparut quand il se redressa parfaitement et prit un air solennel et sévère.
« Je suis un homoncule du Dzerj Arlom Meleggi Veredem. Le Dzerj a besoin de laquais humains pour ses plans, et vous semblez apte à remplir ce rôle. » La mine railleuse revint au galop. « Réjouissez-vous ! Vous serez peut être même récompensés ! ».

Toutes mes excuses pour cette longue absence, mais j’étais quelque peu occupé ! En même temps j’avais prévenu et Ori nous à gâter avec ces dernières nouvelles !

Voici donc la suite de ma nouvelle, la seule et unique pour le moment :

Y’ a des jours tous les jours chapitre 8

D‘un rapide regard, j’entrevoyais mon futur. Sept survivants, en nous comptant Julie et moi. Sept survivants plongé dans ce chaos et forcés de compter les uns sur les autres pour survivre. Y’ a quelqu’un ou quelque chose là haut qui doit avoir un sacré sens de l’humour. Pourquoi a t il fallut qu’on me donne cinq déchets de l’humanité ? C’est le seul don qu’on m’octroie pour triomphé de tout ceci ? Non mais vous vous fichez de moi ?! Vaste blague !

Voici donc mon équipe de choc : Luc le footballer, beau, bien gauler, con, je vais l’adorer lui. Marc le poète maudit, sauf qu’il est blond, se plaint toujours, foutu comme une allumette. Agnès la goth, 100 kilos de ” monde de merde”. Marie la petite bourgeoise, mignonne mais elle ne fait que citer les écritures depuis la catastrophe, elle me tape sur les nerfs. Et Michel. Michel ce sale petit arrogant de roux. Michel le magnifique qui fait tout pour me saper après des autres. Je verrai bien sa tête dans un toaster. Con de Michel. Il nous manque un black et on a le casting d’un film hollywoodien. Heureusement, parmi cet assemblage disparate de personnalités que je ne peu que haïr, il y a Julie. Je ne risque pas de lui dire un jour mais je suis heureux, je n’ y crois pas de dire ça, qu’elle soit là. Après l’épreuve devant le van, d’où je me suis réveillé couvert de sang qui n’étais pas le mien, je compte bien ne plus la quitter.

Je m’égare. Bon en même temps je suis en train de me parler à moi même donc j’ai le droit à quelques digressions, mon cas ne va pas s’aggraver. Tachons de revenir à mes préoccupations premières…

- … vous dis qu’on doit absolument sortir de la ville. L’armée à forcément dû mettre en place un plan d’urgence. On trouve un véhicule et on se barre d’ici ! C’est idiot de rester terré en attendant de se faire bouffer ! D’ailleurs Agnès, tu ne m’aurais pas forcé à aller voir à la mairie s’il y avait des survivants, nous serions déjà loin et en sécurité.

- Mais Michel …

- Non Agnès, je t’expose les faits, c’est tout. Maintenant le van est mort. Sa fait une heure qu’on se cache dans la mairie. Moi et d’autres avons été blesser dans cette histoire. Il faut agir avant que ces morts qui marchent reviennent et nous bloquent la sortie.

Les quatre mollusques buvaient ces paroles telle celle du messie. Seul Julie me regardais, l’air d’attendre quelque chose.

- Bon, Luc, Agnès cherchez s’il n’ y pas un garage ou quelque chose comme ça. Marc, Marie essayez de vous rendre utile. Quand à toi ma jolie… essaye seulement Jean Foutre … surveille ton copain le boucher.

Il ne prend même pas la peine de me regarder. Interressant, moi et mon fusil de chasse nous devons lui faire peur.

- Non.

Bien Jasper, ferme, ton neutre. Très bien.

- Pardon ? Euh … Jasper. Qu’as tu dis ?

- Je t’es dis non Michel.

Il esquisse un sourire et regarde les quatre autres plantes verts.

- Non ?

Je me lève et me plante devant lui en fixant son regard.

- Oui, non. Tu veux que je te fasse un dessin ? Non à ton idée stupide. Non pour aller me faire tuer avec Julie en suivant les hypothèses farfelues d’un crétin. Non pour écouter un plan mal préparé et qui se veut exécuté en dix minutes montre en main.

Ils me regardent tous bouche bée. Le rouge monte aux joues de Michel. Un roux qui rougit comme c’est grotesque, surtout avec sa cicatrice toute fraiche au visage. Mais elle, elle me sourit.

- Mais pour qui te prend tu le fana du fusil ! Tu débarque en tirant sur tout ce qui bouge, tu t’en sors avec de la chance. Et tu espère qu’on va te laisser foutre en l’air notre espoir de s’en sortir. Seulement parce que tu as envie de me contredire ?

- Pour un type qui sans aucun doute est plus intelligent que toi. Pour un type qui veut survivre. Pour quelqu’un qui ne va pas t’écouter. Pour quelqu’un qui réfléchis un minimum et ne parle pas aux noms des autres, petit con. Il rougit encore plus, mais comment fait il ?

Je vais te dire ce que moi je vais faire. Je vais me trouver un abris, faire en sorte qu’il devienne sécurisé, trouver des vivres, des armes dans un premier temps. Après ça, je vais essayer de connaître la situation générale, de comprendre ce qui est arrivé. Et une fois que j’aurai ces informations, là je pourrai passer à d’autres plans que celui d’assurer ma survie. Je me tourne vers la bande de mimes et Julie.

J’ai fais l’erreur une fois d’agir trop vite, je vais plus le faire. Vous, vous décidez de ce que aller faire. Mais si vous venez avec moi, on fait les choses à ma façon. Julie s’approche et me pose un baiser sur la joue.

Le premier berserk

« … est toujours sous le choc après qu’un forcené ait fait couler le sang dans l’un des ghettos du sud de la ville.
C’est vers 23h que Malcolm Connelly, un jeune homme pourtant sans histoire, aurait débarqué dans les bas quartiers de la banlieue pour commettre pas moins de cinquante crimes tous plus horribles les uns que les autres. Le jeune homme, armé seulement d’une hache qu’il aurait forgé lui-même, a été arrêté peu après minuit par les forces de police qui se sont vues dans l’obligation de l’abattre. Nous retrouverons plus tard notre envoyé spécial sur place, mais pour l’heure nous recevons le Docteur Blaum, psychologue réputé et auteur d’un livre sur l’influence des jeux vidéo et des jeux de rôle sur la délinquance moderne… ».

L’ambiance urbaine ne l’atteignait plus. Autrefois, il y était sensible. Les senteurs, les sonorités, la vie même l’affectaient. Mais rien n’était plus comme avant. Quelque chose s’était brisé en lui. Il se sentait comme une enveloppe vide. Après un dernier regard par-dessus son épaule, comme pour dire au revoir à son passé, il s’engouffra dans le métro.

« Johnson ! Où est Johnson ?! … Rodriguez ! Va me trouver Johnson ! Roberts ! Je veux les résultats du labo et du légiste ! O’connor ! Vire-moi ces journalistes ! Pas d’interview ! Pas de déclarations ! Rien ! Ils attendront demain matin ! Et fais gaffe à l’autre fouine qui tente de passer le cordon de sécurité ! ».
Il avait beau aboyer ses ordres le plus désagréablement possible, Cricket – l’Inspecteur Cricket, avec une majuscule s’il vous plait – jubilait intérieurement. Des années qu’on se moquait de lui, qu’on lui offrait des chapeaux en fausse peau de raton laveur ou qu’on lui demandait de ne pas craquer ses doigts. Mais aujourd’hui, le monde était aux petits soins avec l’Inspecteur Cricket, et le monde l’écoutait, et le monde attendait son avis et ses ordres. Car c’était son jour de gloire, et il en remerciait ce malade qui avait décidé de faire un carton plein. Même si il aurait pu éviter de faire ça pendant ses congés.
« Et virez moi ces pleureuses publiques de là ! »

Une main rugueuse passa sur des cicatrices, sous un imperméable beige. Il était commercial avant. Le travail manuel n’avait jamais été son fort, et ses mains n’avaient pas eu à en subir les affres. Elle aimait beaucoup ses mains. Grandes, douces, fortes et chaleureuses. Il le savait. Il espérait qu’elle lui pardonnerait les tourments qu’il leur avait fait subir ces dernières semaines.

« Alors, Johnson ? Ton avis ?
- C’est un malade mental, monsieur.
- Merci pour cet avis éclairé, Johnson. Tu n’aurais pas quelque chose que je n’aurais pas pu deviner moi-même.
- Euuuh…
- Accouche.
- Malcolm Connelly était un commercial pour Bob & Jerry. 26 ans, pas de casier. Même pas une petite garde a vue. Il ne buvait pas, il ne fumait pas, il aimait les animaux, il était bénévole pour les sans abris de son quartier et il envoyait régulièrement des sous à ses parents…
- T’es en train de me dire que Captain America a pété un plomb à cause du stress urbain ?
- Euuuh, pas vraiment monsieur… »
Cricket arracha d’un geste rageur le dossier des mains de son larbin. Pas le temps de tourner autour du pot. La ville… que dis-je ! Le monde attendait son avis d’expert sur la question !

Des stations défilaient. Des noms sans importance, sans saveur. Rien de plus que des suites de lettres sans signification maintenant que vivre ne rimait avec rien. Ses yeux rencontrèrent ceux d’une jeune mère afro-américaine qui se démenait avec ses deux gosses. Elle eut un sourire gêné. Il lui rendit un sourire triste. Il se dit qu’en d’autres temps il se serait intéressé à la scène. Peut être même qu’il serait allé l’aider à calmer les deux petites terreurs. Mais c’était en d’autres temps. Aujourd’hui, il se demandait juste si elle allait descendre au même arrêt que lui, et il s’empressa de changer la course de ses pensées. Pas maintenant. Sa contemplation apathique du scrabble des stations était préférable.

« Ha ! Nous y voilà ! Je savais bien que ça me rappelait quelque chose ! Notre homme a donc bel et bien perdu sa fiancée et sa future fille il y a 2 mois !
- J’allais y venir, monsieur.
- Et t’aurais du y venir d’emblé ! Le mobile, nous l’avons !
- Mais…
- Ttttt. Tu ne regardes donc jamais la télé ?
- C’est-à-dire que…
- Et bien, tu devrais ! Ca avait fait du bruit, à l’époque !
- Ah… »
Margaret Begins, jeune blonde du coin enceinte de quelques semaines, avait été retrouvée morte dans une ruelle du quartier star d’aujourd’hui. Elle avait disparu la veille près de son lieu de travail. Une tournante, d’après le médecin légiste. Pauvre fille. Son fiancé, un jeune roux de la ville, avait fait verser des larmes dans tous les foyers, ou presque. Le pays avait partagé la douleur de cet homme, incarnation de la réussite professionnelle et sociale, qui avait perdu une partie de lui ce jour-là. Un festin médiatique qui avait bien duré une semaine. Mais Cricket – Inspecteur Cricket – se souvenait d’un jeune homme bien sous tout rapport. Bien coiffé, bien taillé, bien formé, bien glabre. Pas d’une sorte de clodo qui n’aurait pas vu le rasoir depuis des années.

Troisième changement de ligne, le dernier. La dernière ligne droite avant son destin. Etrangement, lui qui en tant normal était un monstre de stress à la moindre occasion, ne sentait à présent aucune pression monter. Un petit sourire cynique perça. Vide. Il était vraiment devenu vide. De toute émotion, de toute sensation. Un vrai pantin. Il regarda une dernière fois la station qu’il quittait et entra dans son ultime carrosse.

« Enfin, monsieur, ça n’explique pas comment il a pu survivre à son propre massacre.
- Hein ?
- Et bien… Plusieurs témoins confirment que certaines de ses victimes se sont défendues. Il a pris plusieurs coups de couteaux, même des balles, d’après eux.
- Ha ha ha. La drogue, mon jeune ami ! La drogue ! »
Il hacha volontairement chacun de ses mots pour ajouter une dimension experte à son affirmation. Sa gloire !
« La… drogue ?
- Meuuuuh oui. Vous pensez bien qu’il était shooté jusqu’à la moelle. Notre Monsieur Vertu était de toute évidence un toxico. La douleur provoquée par la perte de sa tendre et douce n’a fait qu’accélérer sa descente en enfer. Avec l’aide de l’adro…l’agré…
- L’adrénaline.
- Ouais, c’est ca, l’adrénaline. Bref ! Avec l’aide de l’adrénaline, il a pu se frayer un chemin a travers les rangs d’autochtone, semant la mort et le désespoir, avant de se faire arrêter par un barrage de nos vaillants collègues.
- Oui, vu sous cet angle, ça parait tout de suite plus simple. »

Plus que trois stations. Toujours pas de nervosité. Il se gratta discrètement ses cicatrices. Elles ne le brûlaient que légèrement ces derniers jours, mais la chaleur s’intensifiait maintenant qu’il s’approchait de son heure. Il avait aussi l’impression que sa housse à guitare s’agitait en silence. Il fit jouer la fermeture sur quelques centimètres et passa la main dans l’ouverture. Le froid du métal contrastait avec la chaleur des runes. Une sorte de paix intérieure l’envahit. Il chuchota une litanie. Deux stations.

« Inspecteur !
- Ouais Roberts.
- Le légiste a appelé. Il dit qu’il y a un truc pas normal avec le macchabé.
- Bin voyons…»
Cricket – l’Inspecteur Cricket – ne savait pas comment prendre la nouvelle. D’un côté, il n’appréciait pas du tout les imprévus. D’un autre côté, un petit peu de piment de plus dans SA gloire ne pouvait que faire monter l’audimat.
« Qu’est ce qu’il se passe encore…
- Il a dit qu’il vous envoyait le rapport le plus vite possible, vous verrez par vous-même.
- Mouais. Des nouvelles du labo ?
- Ils envoient aussi leur rapport.
- Grmmmbll »
Ca allait anormalement vite, mais c’était encore trop lent pour l’Inspecteur Cricket. Il allait devoir attendre encore un peu, et il ne voulait pas attendre aujourd’hui. Il n’en avait pas le temps. Le monde attendait, lui, non. Il allait devoir patienter en faisant semblant d’inspecter le terminus sanglant, maintenant qu’il était sur place.
« Johnson !
- Ouimeussieu !
- Qu’est ce que c’est que… ça ! »
Cricket voyait pour la première fois le lieu où le jeune forcené avait été enrayé, et il ne s’attendait pas à « ça ». On lui avait dit que tout s’était fini aussi violemment que le massacre s’était déroulé, et le fait que pas mal de badauds s’étaient assemblés pour former un nuage de moucherons à l’unisson des journalistes ne l’étonnait pas plus que ça. Un rideau de policiers tentait de toute façon de les empêcher tant bien que mal de gêner les spécialistes. Mais ce qui dérangeait l’Inspecteur Cricket n’était pas la cohue – en vérité, il adorait cette hystérie journalistique à son apparition – mais plutôt ce qui se présentait à lui. Le corps avait été enlevé, laissant ses marques blanches policières au sol, mais… mais !
« Il était vraiment nécessaire de marquer CHAQUE bout de Connelly ?!?
- Les stagiaires, monsieur. Les stagiaires… »

Trois marches. Deux marches. Une marche. Bitume. Malcolm marqua une pause pour tenter d’apprécier une dernière fois l’air libre. Il ne ressentait toujours rien. La jeune mère, qui était descendu au même arrêt que lui, le doubla précipitamment en s’excusant. Elle avait l’air pressée. Tant mieux. Autour de lui, la faune urbaine vaquait à ses occupations de début de soirée. Il se demanda un instant si ça lui manquerait. L’envie refoulée depuis quelques temps revenait à l’assaut toujours plus forte, plus pressante, mais ça n’était toujours pas le moment de se laisser aller. Malcolm voulait d’abord savoir s’il pouvait profiter de cet « au revoir ». Un groupe de jeunes le regardait bizarrement, surement à cause de son apparence. Ils ne devaient pas avoir l’habitude de voir des grands roux si barbus et chevelus dans les parages. Pour sa défense, sa pilosité s’était anormalement développée ces derniers jours. Il ne nota pas les multiples lueurs qui perçaient faiblement au travers de son imperméable et qui n’aidaient pas à le faire se fondre dans la ruche urbaine. Mais ça ne l’aurait pas gêné outre mesure. La discrétion n’était pas son but.
Malcolm chuchota une nouvelle litanie. Son regard était adressé aux étoiles, mais il ne les apercevait pas. Ses souvenirs défilaient, mais il ne voyait qu’elle. Deux larmes pointèrent aux coins de ses yeux verts, mais il ne ressentait toujours rien. Le groupe de jeune se leva et le plus grand d’entre eux l’interpella, mais il n’entendait rien. Loin, dans le ciel, elle était la, souriante. Les passants s’écartèrent alors que le groupe engageait une manœuvre d’encerclement, adoptant l’agressivité face à cet inconnu silencieux. Ils n’existaient pas pour lui. Un grand sourire se dessina sur ses lèvres. Ses yeux verts perdirent de leur intensité. Il n’entendait plus les sonorités de la ville, il ne sentait plus les senteurs de la ville, même la vie n’était plus. Lentement, il fit glisser son imperméable, dévoilant un torse nu affligé de scarifications grotesques et dégoutantes et brulé de nombreuses runes qui luisaient sur sa peau comme autant d’étoiles. Le groupe s’immobilisa un instant, mais la stupeur ne dura pas. Le premier poing vola et lui arracha un rire dément. La housse était déjà ouverte, Malcolm n’eut qu’à y plonger la main. La première gerbe de sang lui arracha son premier cri de guerre.

« Nom de… »
Cricket était stupéfié par ce qu’il lisait. Il tenait entre ses mains les rapports du labo et du légiste. Le premier indiquait qu’il n’y avait absolument aucune trace de la moindre drogue dans le sang du Conan citadin. Le deuxième que plusieurs balles et coups de couteau auraient du être fatals avant l’intervention du barrage. Et il y avait la photo. Il ne comprenait plus rien.
« Johnson !
- Ouimeussieu ! »
Johnson se prit les rapports en pleine face.
« Vous appellerez le légiste et le labo pour leur demander de revoir leurs conclusions ! Vous contacterez aussi le FBI pour prendre rendez vous avez ce Mulder dont ils parlent a la télé ! Et vous direz à ma femme que c’est foutu pour ce weekend end…
- Bien monsieur ! »
Johnson ramassa tout de même les rapports éparpillés par terre. Il avait jeté un coup d’œil à ces conclusions, et ça ne l’avait pas plus étonné que ca. Il était la lors de l’exécution. Il avait assisté aux derniers instants de Malcolm Connelly. Et il y avait bien deux détails qui l’avaient marqué. Tout d’abord, cet air serein qui se retrouvait sur toutes les photos du visage miraculeusement épargné par la grêle métallique. Et surtout ses dernièrement paroles. Ou plutôt, son dernier hurlement. Un vrai cri de défi qu’il avait lancé en chargeant les policiers, avec seulement sa lourde hache qui semblait briller de mille feux à opposer aux fusils nettement plus sophistiqués et efficaces à partir d’une certaine distance. A la surprise générale il hurlait toujours alors que son corps constellé de lueurs surréalistes se disloquait sous le nuage de plomb qui le vaporisait littéralement, n’épargnant curieusement que le visage. « Odin »… Un nom que Johnson ne serait pas prêt d’oublier.

Rendez vous galant

En avant propos de cette “nouvelle”, je vous demanderai juste beaucoup plus d’indulgence pour ce que je vais pondre. Je tiens a dire que je n’en suis vraiment pas satisfait (bien bien moins que des autres en tout cas), mais que je me suis senti obligé de la poster sous la pression de cette tanche de Doy. Vous n’aurez qu’à vous en prendre qu’à lui pour cette pollution visuelle :D. Les critiques sont quand même bien venue.

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Le nouveau venu détonnait avec l’ambiance du Started, un bar réputé pour sa clientèle riche et exigeante, aux décors kitsch à souhait et aux hôtesses accueillantes et volontaires. Ca n’est pas qu’il aurait parut être une erreur de casting vestimentaire au milieu de ces robes du soir et ces « sur mesure » à plusieurs zéros. Son costume trois pièces était tout ce qu’il y a de plus raffiné et dans le ton financier, le reste du déguisement ne dépareillait pas plus. Il n’affichait pas non plus de faute de goût dans son apparence générale. C’était plus une question d’attitude. Il était le genre d’homme à passer trop souvent sa main dans ses cheveux noirs trop alourdis par le gel, à lisser à plusieurs reprises et sans aucune raison apparente sa barbiche soigneusement taillée, à tapoter nerveusement une petite mallette noire posée à ses pieds comme pour vérifier si elle n’avait pas disparue. A regarder régulièrement et furtivement par-dessus son épaule et camoufler l’opération par une quinte de toux discrète et un petit sourire gêné à l’assemblée. Il n’était pas aussi détendu que le serait le client moyen venu ici pour apprécier les services offerts par l’établissement, et l’assistance s’en rendait compte.

Sur la petite scène, une diva au rabais mais à la plastique intéressante chantait sa version de I Will Survive, accompagnée des musiciens de la boite et sous le regard désabusé de quelques soupirants d’un soir au porte feuille plein à craquer, comme l’étaient la majorité des portes feuilles de la salle. Le nerveux de service commanda un troisième martini blanc, extra olive. Son attention voguait entre l’entrée et la scène. Son rendez vous se faisait attendre. C’est alors qu’une sorte de playboy s’installa face à lui. Son exact opposé. Grand, blond, bronzé, charismatique. Un bon côté surfer californien, sauf qu’il n’était pas californien. Même pas Américain, en vérité. Mais ça, pas grand monde ne le savait et ne s’en souciait. Les quelques bimbos du coin se préoccupait plus de l’allure de ses fesses que de la nationalité indiquée sur sa carte d’identité, surement fausse de toute façon, et elles ne tardaient pas à échafauder des plans de conquête de fin de nuit sous les regards jaloux d’un troupeau de dragueurs locaux.

« Vous avez l’air nerveux, monsieur Jansen »
L’interpellé, qui n’avait pas vu son interlocuteur s’installer, plongé comme il l’était dans l’inspection d’un groupe de jeunes vieux rentrés quelques minutes plus tôt, sursauta, les yeux écarquillés.
« Carlson ?!? Vous… vous êtes fous ?!? »
Il jeta des regards frénétiques autour de lui. Il remarqua que tous les moyens qu’il avait déployés à passer inaperçu venaient d’être réduit à néant par ce don juan de la cote ouest. Personne n’était en mesure de lui expliquer son erreur.
« Je croyais que nous devions être discret ! C’est quoi cette apparence ?!?
- Haha ! Ne vous en faites pas, les seuls qui ont leurs yeux braqués sur nous ont un QI d’huitre. Et les vrais intéressés, s’il y en a, penseront comme vous. Attirer le regard de toutes les greluches des environs est la meilleure des protections sociales, croyez-en mon expérience. Vous avez pu apporter notre affaire ? »
Le blond rangea ses lunettes de soleil, s’installa décontracté et lança un sourire ravageur accompagné d’un clin d’œil à une petite rousse aux yeux verts qui le dévorait depuis le bar. Le brun s’essuya fébrilement le front et vida d’un trait son verre.
« Oui. Vous n’imaginez pas ce que ca m’a couté de récupérer ces documents. D’un autre côté…
- D’un autre côté ça n’est pas pour rien que nous avons fait appel à vous, Zack. Votre air de ce soir peut bluffer le quidam de ce bar, mais je ne suis pas ce quidam. »
Le blond renvoya un grand sourire éclatant au brun qui se contenta d’une moue boudeuse. La nervosité semblait s’être partiellement dissipée.
« Alors, que pouvez vous nous dire d’autre sur nos chers amis ?
- Mppfff… Je n’ai pas encore pu apprendre grand-chose. Les Eternels n’ont pas encore bougé. Ils attendent la Ride, je pense… »
Jansen marqua une pause et leva un sourcil, guettant une quelconque réaction de son interlocuteur. Elle ne se fit pas attendre.

Carlson commanda deux whiskys et renforça son sourire déjà bien éclatant. La chanteuse était passée à un registre plus moderne qui semblait moins correspondre aux espérances de ses admirateurs au cœur tendre et à la bourse bombée.
« Alors ils pourront attendre longtemps. Sacrée interprétation ! Vous croyez qu’elle va nous servir du Edith Piaf ce soir aussi ?
- Pardon ?
- Elle a eu lieu.
- Edith Piaf ?
- La Ride.»
En entendant ces mots, Zack manqua de tomber de sa chaise sous les yeux d’un Carlson goguenard.
« Je suis étonné que vous ne vous soyez rendu compte de rien. Vous êtes tout de même réputé pour être sensible sur ce sujet.
- Je… euh… bof… »
Le whisky arrivait à temps pour ramasser ses esprits. Une grande gorgée permit d’entamer la défragmentation cérébrale express.
« Ne vous en faites pas. Nos plans ont déjà commencé à être exécutés, et les informations que vous m’apportez garantissent votre intégrale participation, votre récompense prochaine et scellent notre partenariat.
- Vos plans ? Lancés ? Je ne pensais pas que vous étiez déjà prêts… »
Jansen semblait d’un coup un peu plus suspicieux. Il risquait gros sur ce coup là et n’avait de toute évidence pas spécialement envie de se faire doubler. On ne joue pas contre les Eternels sans s’assurer une retraite, leur coopération ou leur disparition. Il ne le savait que trop bien. Carlson ne semblait pas se laisser démonter.
« Vous semblez inquiet sur votre avenir, monsieur Jansen. Vous ne devriez pas vous faire autant de mauvais sang, vous savez ?
- On voit bien que ça n’est pas vous qui jouez votre vie sur un coup de poker.
- Je vous garantis que vous n’avez absolument rien à craindre de vos anciens camarades. Ils seront bientôt totalement dépassés par les évènements et n’auront pas la tête à vous faire la votre au carré. Comme vous nous l’avez fait remarqué pendant votre entretient d’embauche, ils sont bien trop peu pour faire face à quelque chose d’ampleur mondiale… comme une guerre de corporations. »
Le blond lui lança un sourire radieux, plein d’assurance et de promesses. Il se leva, fit un signe à la rousse qui ne tenait plus en place, prit la mallette et tapota l’épaule du brun qui ruminait de sombre pensées. Sur la scène, on entamait un « Noooooon rien de rieeeeeeeeeeen » tonitruant qui lui arracha un « Bingo ». Il s’en alla en sifflotant l’air en question sous le regard songeur de Jansen. La rousse s’arrêta au niveau de la table. Elle n’avait pas l’intention de suivre Carlson. De toute façon, l’illusion tomba.

« Tu vois que tu pouvais tenir jusqu’au bout. »
Un géant aux longs cheveux argentés prit place en face de Zack, mais ce dernier avait définitivement laissé de côté sa petite comédie et, trop absorbé par ses pensées, prit le parti de l’ignorer pour le moment.
« On y va ? On n’a pas que ça à faire. »
Le brun se retourna vers son nouvel interlocuteur. Un grand sourire le dérida.
« Nous sommes partis. Il était temps que cette mascarade se termine. »
Jansen ponctua d’un petit rire sec et se leva prestement. Rainer l’imita.
« Il va quand même falloir que tu m’expliques pourquoi l’autre nase me faisait de l’œil… »

Bossant sur un gros projet en ce moment, j’ai un peu moins de temps pour écrire ici. Je continu bien entendu, mais je ne peu plus tenir ( et vous l’avez vu ^^) le rythme d’un texte par jour. Donc soyez patient pour la suite ! Une nouvelle partie arrivera avant dimanche, et les textes d’Ori eux continueront d’arriver au même rythme, voir même si vous êtes sage plus rapidement !

La garce ! C’est de la folie complète et je saute dedans à pied joint. Tu vas me le payer femme ! Deux difformes lui barrent le passage vers le van affalé sur le flanc. Baisse toi que je puisse tirer. Baisse toi ! Elle se baisse, je fauche les jambes de celui de droite, Julie tire dans l’entre-jambe de l’autre. Respire, calme toi.

Bien encore six debout. Les survivants du van se dégagent. Une des femmes se fait attraper, paix à son âme. Ah, non un type se jette sur l’assaillant de la femme. Il engage une lutte au corps à corps avec la bête, quel crétin de roux. Pendant ce temps ma chère compagne court vers les autres survivants, qui se font encerclés par les cinq créatures restantes. La mélée entre les deux type à terre redouble d’agressivité, difficile de déterminer l’homme de la bête vu comment ils se battent. Le roux se fait griffé au visage, puis poussant un cri de rage il brise la nuque de son adversaire. Il attrape un de ces énormes pavé et lui fracasse le crâne pour le finir.

L’un des hommes du van, un blond, balance une portière dans la tête d’un de leurs agresseurs avec grand renfort de violence. Bien vu, la tête à moitié enfoncé dans la portière elle reste au sol. Deux autres, un grand escogriffe et une goth en maintiennent une à distance avec des barres de fer. Bon dieu, pourquoi une goth à survécut ?

Nom de Zeus ! Les trois derniers ! Ils encerclent Julie, elle les a provoqué afin qu’ils laissent tranquille le reste du groupe ! Fichue impétieuse ! Ils passent à l’attaque. La scène se fige, les trois monstres bondissent vers elle.

- Julie !

Je ne pourrais jamais y être …

Maux de tête. Vision trouble. Je n’entend rien. Des ombres devant moi. Ah, un chuchotement.

- J…

Une douce chaleur contre mes joues.

- Jas…

Le visage de Julie.

- Jasper ! Jasper tu vas bien ?!

Hum, je suis couvert de sang, j’ai des echimoses partout. Elle à l’air inquiéte. Pourquoi je suis couvert de sang ? Elle va bien, dieu merci.

- Ca va, ça va. Pas la peine de crier bordel, je ne suis pas sourd.

Elle va bien.

- Oh, Jasper ! J’ai eu si peur quand tu …

Elle se jette dans mes bras et me serre fort. Je sais pas ce qu’il s’est passé, mais c’est pour le mieux. Elle va bien.

Miguel le punk essayait tant bien que mal d’afficher un sourire béat. Il avait souvent été défoncé, mais à ce point, c’était une première. Il aurait dit qu’il planait, littéralement. Comme un cerf-volant. Il avait l’impression de se détacher de son corps, d’être libéré des contraintes physiques. La gravité n’était plus un problème. Ce dernier rail resterait gravé dans son esprit.
Une chose le chiffonnait, tout de même. Il pouvait voir son cou tatoué, mais il aurait juré qu’il n’y avait pas de miroir. Miguel avait toujours eu confiance en Rick, son tatoueur. Rick faisait toujours du bon boulot, mais la il avait fait un travail de chien. Mig voyait bien à présent que le crane qui y était grave n’était pas aussi cool que sur l’illustration qu’il avait fourni. Il se sentait roulé, mais autre chose attira son attention embrumé. Il regardait ses dents. L’une d’elles présentait une anomalie sombre. Surement un début de carie. Heureusement, l’assistance sociale lui fournirait un dentiste pour pas cher. Une dentiste, plutôt. Il préférait. Une vraie dentiste, avec une blouse blanche prête à craquer sous la pression mammaire. Comme on en voit dans les films. Et puis, une infirmière pour aller avec la dentiste. Pour la morphine. Parce qu’il commençait à avoir mal un peu partout. Ce qui était drôle, dans cette histoire, c’est que la douleur montait en intensité au fur et a mesure ou lui descendait. Il faudrait qu’il demande à l’assistante sociale de lui prescrire un psychiatre pour en parler. Une. Sa vue se brouillait. Avec un joli tailleur. L’odeur de sang s’estompait. Et un canapé, oui, sinon ca vaut pas. Les cris de douleur, de peur et de jouissance prenaient congé. Et, tant qu’à faire, une secrétaire au sourire révélateur de pensées paradisiaques serait bien, aussi. Toute sensation s’en allait. Jusqu’à ses pensées s’envolaient. Poc. C’est fini.

D’un geste vif et assuré, le colosse éparpilla les quelques gouttelettes vermillon qui parsemaient sa lame. Les trois punks qui lui faisaient encore face optèrent pour un début de retraite prudente. Les battes de baseball cloutées et les couteaux de chasses entamèrent leur crise d’épilepsie.
D’un côté, on les avait payés grassement pour ce boulot et ils avaient même obtenu toutes les drogues qu’ils avaient durement négociées. D’un autre côté, le contrat n’incluait pas de se faire répandre par une sorte de géant blanc armé d’une épée qu’on ne voit que dans le Seigneur des Anneaux. Un couteau, encore, ils auraient pu gérer. Mais un truc qui tranchait un homme presque bien portant comme il couperait un blanc de poulet fermier en batterie, c’était un peu trop. Ces trois là avaient beau être drogués jusqu’à la moelle, une petite voix venue du fin fond de leur conscience arrivait à braver les murs titanesques de l’inconscience pour leur faire comprendre que leurs battes cloutées manquaient de cruellement de crédibilité. Sans risque, qu’ils avaient dit, les hommes en noir. Mon cul, ouais ! Ils choisirent de décamper.
Sans aucune concertation, ils lâchèrent leur équipement, tournèrent les talons et, piétinant les petits corps sanguinolents parsemés dans le couloir de leurs lourdes bottes ferrées, prirent comme un seul homme leurs jambes à leurs cous. Ils ne virent pas la lumière qui grandit derrière eux, mais dans leurs derniers instants ils eurent une toute autre conception de l’expression « prendre ses jambes a son cou ». Beaucoup plus imagée et douloureuse. Surtout quand lesdites jambes décident d’aller plus vite que le reste du corps.

Rainer inspecta un instant son œuvre pour être sûr de ne pas en avoir manqué un. Contrairement à d’autres, il ne tirait aucune gloire ni aucune satisfaction de ce genre de tuerie, mais marquer une pause est un bon moyen de récupérer son sang froid. Le contrôle de sa propre colère une fois qu’elle a atteint son paroxysme était l’une des rares lacunes que ce monstre de vertu partageait avec le commun des mortels. Et les actes de barbarie tels que ceux qui avaient été commis dans cet orphelinat avaient le don de le pousser à bout. Le massacre d’innocents n’appartenait pas au domaine de l’excusable.
Il finit par se détourner et s’enfoncer un peu plus profondément dans l’aile ouest. Un silence relatif, troublé de temps à autre par le rire d’un des envahisseurs dégénérés ou le cri d’une énième victime infantile, régnait à présent. Rainer n’aimait pas ça du tout. Il avait promis au vieux So’ de sauver un maximum de ses protégés, mais il se demandait s’il n’arrivait pas trop tard. Avec un peu de chance, Zack aurait plus de succès dans l’aile est. Le problème qui se présentait dans cette affirmation est le côté glandeur de ce dernier qui l’empêchait d’opérer sérieusement, même quand des vies étaient en jeu. C’est le moment que choisit une botte pour interrompre ses noires pensées en fracassant une porte sous son nez.
Rocker le punk, le visage illuminé par une nette satisfaction, sortit d’une chambre de fille en se reboutonnant le falzar. Un torse l’arrêta. En temps normal, Rocker n’était pas le genre à s’embarrasser de menu détail de ce genre, mais dans le cas présent, il se trouvait confronté à un problème de taille : le torse en question n’était pas aussi crade et débraillé que ceux qu’il avait l’habitude de côtoyer, et il avait l’air bien décidé à lui bloquer l’accès au couloir. Motivé par la contrariété, il se força à mettre en branle des rouages cérébraux qui aurait du grincer sous l’effort si cela avait été possible. Des connections dont personne n’aurait soupçonné l’existence se formèrent dans le but avoué de martyriser la matière grise du pauvre être, de forcer au travail des cellules oisives et dépravées depuis des années afin d’obtenir une solution simple, efficace et si possible jouissive au problème rencontré. Heureusement pour ses neurones, le torse était bien urbain et lui en offrit une sur un plateau. La fenêtre était ouverte, accueillante et possédait des arguments qu’on ne pouvait que difficilement réfuter. Deux étages n’en faisaient pas partie. Rocker n’avait jamais appris à voler physiquement, pourtant il fut surprit qu’une partie de lui puisse effectuer aussi naturellement une si belle ellipse aérienne dont il ne se souviendrait pas pour le restant de ses jours. Ou plutôt de ses secondes.
Rainer jeta tout de même un coup d’œil dans la chambre, plus par conscience professionnelle que par espoir. Le fatalisme lui donna raison. Il ne s’attarda pas à donner un coup de pied rageur dans la forme qui rendait ses derniers spasmes à gros bouillons, et ça n’était pourtant pas l’envie qui lui en manquait.
Il savait que les chances de retrouver en vie un des protégés du vieux So’ s’amenuisaient au fur et à mesure de sa progression, et cette idée ne l’aidait en rien à se calmer. De plus, les réminiscences de ses dernières visites le troublaient. De temps en temps, il reconnaissait un visage, et avait le cœur serré d’y trouver gravé à jamais l’horreur des derniers instants là quand il en gardait un souvenir de rires et de joie de vivre. Plus il avançait, et plus il désirait en sauver ne serait-ce qu’un. Non pas qu’il soit le genre à faire passer la vie d’un enfant avant tout, mais il faisait partie de ceux qui savaient parfaitement que chaque mioche sain et sauf aujourd’hui était autant de points marqués dans les événements à venir. Il remerciait tout de même les punks de partager sa douleur à leur manière. De braves gars.

Joe le punk était, justement, un brave punk. Et un brave punk heureux. Défoncé, certes, mais heureux. Vraiment heureux. Il faut dire qu’il était arrivé un peu tard a l’orphelinat et avait raté le début des réjouissances. Un éclair de génie lui avait bien susurré de ne pas perdre de temps sur le rez-de-chaussée et de foncer aux étages pour devancer l’orgie, mais c’était sans compter sur l’intelligence de la bande à Mat. Oh, Bien sûr, il avait écopé de quelques miettes, mais il serait quand même resté sur sa faim s’il n’était pas tombé sur ce trésor. Une chambre de fillette. Fermée ! Même pas entamée ! Pour lui tout seul ! Et c’est avec une certaine délectation qu’il engagea la porte, en se disant en son fort intérieur que c’était un dépucelage de bois avant le dépucelage de chair à venir. Il pouffa niaisement de sa propre plaisanterie. Joe aimait ses blagues. Il avait toujours trouve qu’il avait un sens de l’humour hors du commun. Il devrait faire un one man show.
Pénétrant dans la chambre vierge de tout sang, Joe le punk laissa son oreille vagabonder. Un pleurnichement de l’armoire attira son attention et attisa sa libido. Bingo ! Le sourire jusqu’aux oreilles, il fit jouer les boutons de son futal et approcha fébrilement la main du meuble qui l’aguichait comme seules savent le faire les spécialistes. Sa langue inspecta une dernière fois ses lèvres dans l’attente de ce petit moment de paradis qu’il allait s’offrir. C’est alors qu’il sentit une main puissante l’agripper. L’instant d’après, son dos rencontrait le mur du couloir dont il sortait. Plus d’armoire, plus de chambre, juste lui, ce maudit couloir, une porte mal en point et une sorte de colosse tout de blanc vêtu. Joe était futé et comprenait vite. On lui piquait son coup. Il tenta de protester, mais la boule de l’injustice entravait ses mots. Une larme de dégout se pointait au coin de son œil gauche. Il avait tant attendu ce moment, il s’en était fait une telle joie qu’il n’arrivait pas à accepter la privation. Personne n’avait le droit de l’en priver ! Il l’avait mérité !
Il tenta de se relever, mais quelque chose l’en empêchait. Il tenta de tendre le bras, mais celui-ci ne répondit pas. Ca avait sûrement un rapport avec ce bras qui se prélassait insolemment à quelques dizaines de centimètres de lui. Il faut savoir que Joe le punk n’avait jamais été une lumière à l’école. Il avait d’ailleurs laissé tomber les classes avant d’avoir pu recevoir des leçons d’anatomie. Mais il savait quand même qu’il n’était pas normal qu’un de ses membres –il reconnaissait la vierge tatouée- se trouve aussi loin de lui. Par contre, il n’avait pas la moindre idée de ce à quoi pouvait servir cet amas de trucs tout rouge qui dégoulinait là se trouvaient ses jambes en temps normal. En tout cas, ca ne sentait pas bon.

Rainer ouvrit délicatement l’armoire d’où provenaient des plaintes sourdes. Une fillette brune de dix ans y était recroquevillée, terrorisée. Elle serrait très fortement une petite poupée de tissu contre elle et le dévisageait avec de grands yeux bleus remplis d’une peur qui l’empêchait de toute évidence de crier pour le moment. Rainer mit un genou à terre et lui tendit gentiment une main.
« N’ait pas peur petite, je suis un ami du vieux So’. »
En entendant ce nom, la fille se détendit un peu. De grosses larmes s’échappèrent pour couler le long de ses joues.
« Viens avec moi, je ne te ferai aucun mal. Nous allons rejoindre le vieux et te mettre en sécurité. Tu n’as plus rien à craindre à présent. »
Les mots étaient porteurs d’espoir, et la voix était pleine d’une chaleur qui toucha profondément la fillette. Elle se jeta dans ses bras et éclata en sanglots. Il referma des bras paternels et protecteurs autour d’elle. Il avait enfin trouve une âme en vie. Son être glacé par la colère se réchauffa un peu.
« Moi, c’est Rainer. C’est un peu compliqué, mais tu peux m’appeler Rain »
Elle réussit à articuler un « Eleanor » entre deux hoquets. Il chercha de quoi lui bander les yeux pour ne pas la hanter avec la vue de ce qui était, quelques heures plus tôt, ses camarades.

« Comment vous vous appelez, les enfants ? »
Les enfants ne répondirent pas.
« Vous ne voulez pas venir jouer avec tonton Micka ? »
Ils se contentèrent d’un frisson.
« Allons ! Je ne vais pas vous faire de mal ! »
Les enfants n’y croyaient pas. Pourtant, Micka y mettait beaucoup de bonne volonté. C’était son petit jeu, son petit rituel à lui. Ses copains avaient déjà fuit l’orphelinat. Le feu devait commencer à se rependre, et on avait entendu des hurlements d’agonie que ne peuvent pousser des enfants. Un coup de la cavalerie, certainement. Ca avait sonné un peu comme un appel à la retraite. Mais Micka venait de trouver deux nenfants dans une salle de bain, et en bon jeune homme responsable il se faisait un devoir de ne pas les laisser comme ça. C’est-à-dire intactes. Ca s’appelle l’amour du travail bien fait. On dit aussi maniaque.
Il avait tout fait pour les amadouer. Le sourire ravageur ravagé. La batte cloutée hochet. Même la promesse d’une sucrerie. Mais rien n’y fit. Il n’arrivait à leur faire cracher ni le moindre cri, ni la moindre larme. Mais Micka était un fin psychologue. Il était fier de ses deux années de fac de psycho, de ses trois années d’hôpital psychiatrique et de sa pratique assidue des trois quart des spécialistes de la ville. Un sacré cv de 25 ans. Et grâce à son expérience, il avait parfaitement analysé les deux mioches. Par exemple, il pouvait affirmer qu’ils se rassuraient l’un l’autre. Mais surtout, il avait découvert dans le regard du gamin une certaine assurance derrière le rideau de frayeur. L’expert qu’il était ne s’y trompait pas : le gamin maintenait calme la gamine. Et il savait parfaitement comment y remédier. Chez lui, deux moins un donne zéro. Micka était aussi un grand mathématicien.
Un large sourire illuminait son visage couturé de cicatrices. Il avait essayé de trouver un bon moyen subtil détruire la confiance que la fille pouvait avoir en son compagnon mais avait fini par opter pour la solution la plus simple. Il réalisa de grands moulinets avec sa batte, uniquement pour effrayer encore plus les enfants. La peur grandissantes dans leurs yeux était un bon apéritif. Mais quelque chose l’intrigua. Les yeux du garçon luisaient étrangement. Micka chercha autour de lui la source de cet éclairage bizarre. En tout cas, il trouvait ca trop cool.

Rainer et Eleanor arrivaient dans la dernière section du bâtiment quand une explosion très lumineuse fit éclater une des portes. Un punk vola hors de la pièce et alla s’écraser contre le mur. Lui, il allait découvrir les bienfaits de l’acuponcture. Avec des échardes. Mais ca n’était pas Micka qui intéressait Rainer. Il ne connaissait que trop bien ce type de phénomène. Eleanor sous le bras, il bondit dans la pièce. Un petit blond et une petite rousse s’y trouvaient, tous deux blottis l’un contre l’autre dans un coin, sous un lavabo. Des résidus de lumière flottaient dans l’air, ça confirmait le premier diagnostique.
Les deux petits tremblaient et reniflaient, mais la vue de leur camarade accrochée au nouveau venu les mettait de toute évidence plus en confiance que les outils de torture de leur précédent visiteur. Rainer s’accroupit et tenta son sourire le plus amical.
« Venez, les enfants. Je suis un ami du vieux So’. Vous n’avez plus rien à craindre. »
Les mots avaient une chaleur qui leur donna des ailes et le jeune garçon se jeta dans les bras de son sauveur, très vite suivi par la jeune fille. Rainer nota la faible lueur qui s’estompait dans les yeux du premier mais il se tut. Il laissa paraître un sourire. « Et seulement dix ans ». L’espoir renaissait. Eleanor se blottit un peu plus contre lui. Les trois bouts d’choux laissèrent leur soulagement s’exprimer. Leur calvaire succombait au grand en blanc avec deux chaussures noires.
Micka le punk se releva lentement, défiguré par la haine et les échardes. Il souffrait mais n’avait pas dit son dernier mot. Sa batte cloutée récupérée, il s’approcha aussi silencieusement que ses chaines, ses clous et ses bottes ferrées le permettaient. Les petits sanglots des enfants l’aidèrent bien. Il réussit à se planter juste derrière le colosse accroupi sans attirer son attention et dressa avec précaution son arme. Quelque chose dans ce nouvel obstacle ne le rassurait pas, et il préférait opter pour une tactique plus subtile, digne des meilleurs ninjas. Un bon coup dans la nuque, il n’y a que ça de vrai. Surtout quand les clous entrent en jeu. Et il se trouve qu’on lui présentait une magnifique nuque, puissante et aguichante derrière un lourd rideau de cheveux argentés. La batte était maintenant au plus haut, prête à faire son office. L’exécution était pourtant inévitable, mais la chute ne s’opéra pas selon la trajectoire initialement prévue. La batte tomba plutôt à pic, agrippa quelques lambeaux de peau et de chaire au passage, avant d’écraser le pied et de finir bruyamment sur le sol carrelé. Micka avait mal. Très mal. Il ne pouvait plus bouger, ne pouvait plus crier et se rendait très bien compte que sa vie se faisait la malle. De longues et minces bandes de lumières lui traversaient le corps, brulant sa chair, ses organes et son sang de l’intérieur. Il aurait cru que la douleur serait insoutenable, mais à sa grande surprise, il ne sentait rien. Déjà sa vue se troublait. Il trouva juste la force de lever un certain doigt de sa main libre.

Il vient d’entrer. Je fais signe à Julie de rester sous le comptoir. Ces choses se déplacent vite. J’ai pu me rendre compte que celles qui n’ont pas été blesser ou tuer avant que le nuage les transforme, sont une véritable plaie à tuer. Elle respire trop bruyamment, je lui fait signe de se taire.

Il part vers la gauche du magasin. Je me place de manière à avoir les vitrines entre lui et moi, accroupi. On a réussi à trouver beaucoup de chose depuis le snack. Des vivres pour une ou deux semaines ; il s’arrête ; des vêtements chaud ; ces narines s’ouvrent, il hume l’air ; une radio ; brusquement l’aberration se retourne vers moi, elle penche la tête d’un côté puis de l’autre lentement ; du matériel de survie ; bordel, il fait un bond à trois mètres au dessus du sol, droit vers moi. Je saute par dessus le comptoir et m’adosse à celui ci, au même moment la bête atterrit de l’autre côté. Et maintenant. Je sens son odeur fétide, ce type connais pas le déodorant. Maintenant. Je me lève en me tournant vers l’intérieur du comptoir. Son regard se tourne vers moi. Maintenant on a des armes ! Je tire, la moitié de sa tête vole en éclat. Le monstre est projeté dans l’étagère de cartouches, il reprend un pruneau dans ce qu’il lui reste de visage, juste pour être sûr.

Julie sort de sa cachette comme si les quatre cavaliers de l’apocalypse en voulaient à son jolie petit cul. Et vomit dans un coin.

- Encore un …

- Tu préfère que je les laisse nous écharpper ?

- Non, non … Mais c’est pas pour autant que j’apprécie qu’on les tue.

- Ecoute on a pas vraiment le choix et il faut bien …

Elle ramasse une arme de poing, un fusil et fourre des cartouches dans son sac. Je souris, décidément, étonnante.

- J’ai dis que je n’appréciais pas, je n’ai pas dis que j’allais me laisser mourir en tendant l’autre joue !

La brunette sort en furie, je m’empresse de la rejoindre. Etonnante !

Un jour maintenant. Depuis que la catastrophe c’est abattu sur la ville. Enfin la ville, difficile à dire. J’essaye depuis quelques heures de contacter quelqu’un, n’importe qui, par radio vu que le réseau de téléphonie mobile est hors service. Sans succès. Comment savoir si cela n’a pas atteint tout le pays ? S’il n’ y avait pas ces choses, je serai presque heureux de ce qui est arrivé. Le monde, mon environnement que je n’aimais pas a subit un changement. Et ce n’ai pas pour me déplaire, s’il n’ y avait pas … Mais c’est différent pour Julie, elle n’est pas misanthrope.

- On peu pas repasser la nuit dans le métro Julie. On a eu de la chance hier soir, mais je voudrais un endroit plus sûr.

- Hum, oui sans doute … On peu toujours essayé la mairie. Certaine partie étaient pleine d’amiante. il y a de nombreuses issues, mais aussi des portes sécurisées. J’ai travaillé un temps la bas et ils ont pas du changer les codes de sécurités des portes encore, donc on ne sera pas pris au piège si jamais on doit fuir.

Impressionnante.

- Ok, va pour la mairie. Je te suis.

Guidé par ma compagne, on se met en route vers le nouvel hôtel de ville. Nos déplacement se font avec précaution. De débris en vestiges d’immeubles. Accroupi, sans bruit. C’est oppressant et stressant, mais mieux vaut ça que de tomber encore sur des créatures. Après tout je n’aurai pas toujours de la chance avec ce fusil et je doute ma nouvelle amie soit meilleur que moi au tir.

Nous y voilà ! Et on est pas les seuls soit dit en passant. Une dizaine de ces saloperies errent sur l’esplanade devant le bâtiment.

- Bon, va falloir trouvé autre chose Julie, on ne peu pas …

- Tait toi !

Elle scrute les alentours.

- C’est pas si …

- Tait toi je te dis ! Ecoute !

Ecouter ? Ecouter quoi ? Il n’ y a rien à … Un bruit de moteur ! Provenant du sud et relativement proche ! Un van surgit d’une rue. Il fonce droit sur la mairie. Le véhicule monte les marches de l’esplanade et fait une embardé juste après. Le conducteur tente de de se rétablir en freinant, mais il part en tonneau. Le van s’immobilise après quelques secondes interminables à vingt mètres de l’entrée du bâtiment. Les survivants … Les survivants ! ils commencent à sortir tant bien que mal de là dessous. Ils sont une demi-douzaine. Nos amis les bêtes commence à converger rapidement vers eux.

Julie me regarde fixement avec insistance.

- Oh non !

Elle ne cille pas.

- Hors de question ! C’est trop dangereux !

Elle se lève, me sourit et se dirige en courant vers l’esplanade, son fusil à la main.

- Bordel ! Julie ! C’est de la folie !

Nom d’une pute borgne. Idiote. Crétine. J’abats une des bestioles qui se dirigeais vers elle, en touche une autre à la jambe. Et sans m’en rendre compte je cours déjà après elle.

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