En avant propos de cette “nouvelle”, je vous demanderai juste beaucoup plus d’indulgence pour ce que je vais pondre. Je tiens a dire que je n’en suis vraiment pas satisfait (bien bien moins que des autres en tout cas), mais que je me suis senti obligé de la poster sous la pression de cette tanche de Doy. Vous n’aurez qu’à vous en prendre qu’à lui pour cette pollution visuelle :D. Les critiques sont quand même bien venue.
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Le nouveau venu détonnait avec l’ambiance du Started, un bar réputé pour sa clientèle riche et exigeante, aux décors kitsch à souhait et aux hôtesses accueillantes et volontaires. Ca n’est pas qu’il aurait parut être une erreur de casting vestimentaire au milieu de ces robes du soir et ces « sur mesure » à plusieurs zéros. Son costume trois pièces était tout ce qu’il y a de plus raffiné et dans le ton financier, le reste du déguisement ne dépareillait pas plus. Il n’affichait pas non plus de faute de goût dans son apparence générale. C’était plus une question d’attitude. Il était le genre d’homme à passer trop souvent sa main dans ses cheveux noirs trop alourdis par le gel, à lisser à plusieurs reprises et sans aucune raison apparente sa barbiche soigneusement taillée, à tapoter nerveusement une petite mallette noire posée à ses pieds comme pour vérifier si elle n’avait pas disparue. A regarder régulièrement et furtivement par-dessus son épaule et camoufler l’opération par une quinte de toux discrète et un petit sourire gêné à l’assemblée. Il n’était pas aussi détendu que le serait le client moyen venu ici pour apprécier les services offerts par l’établissement, et l’assistance s’en rendait compte.
Sur la petite scène, une diva au rabais mais à la plastique intéressante chantait sa version de I Will Survive, accompagnée des musiciens de la boite et sous le regard désabusé de quelques soupirants d’un soir au porte feuille plein à craquer, comme l’étaient la majorité des portes feuilles de la salle. Le nerveux de service commanda un troisième martini blanc, extra olive. Son attention voguait entre l’entrée et la scène. Son rendez vous se faisait attendre. C’est alors qu’une sorte de playboy s’installa face à lui. Son exact opposé. Grand, blond, bronzé, charismatique. Un bon côté surfer californien, sauf qu’il n’était pas californien. Même pas Américain, en vérité. Mais ça, pas grand monde ne le savait et ne s’en souciait. Les quelques bimbos du coin se préoccupait plus de l’allure de ses fesses que de la nationalité indiquée sur sa carte d’identité, surement fausse de toute façon, et elles ne tardaient pas à échafauder des plans de conquête de fin de nuit sous les regards jaloux d’un troupeau de dragueurs locaux.
« Vous avez l’air nerveux, monsieur Jansen »
L’interpellé, qui n’avait pas vu son interlocuteur s’installer, plongé comme il l’était dans l’inspection d’un groupe de jeunes vieux rentrés quelques minutes plus tôt, sursauta, les yeux écarquillés.
« Carlson ?!? Vous… vous êtes fous ?!? »
Il jeta des regards frénétiques autour de lui. Il remarqua que tous les moyens qu’il avait déployés à passer inaperçu venaient d’être réduit à néant par ce don juan de la cote ouest. Personne n’était en mesure de lui expliquer son erreur.
« Je croyais que nous devions être discret ! C’est quoi cette apparence ?!?
- Haha ! Ne vous en faites pas, les seuls qui ont leurs yeux braqués sur nous ont un QI d’huitre. Et les vrais intéressés, s’il y en a, penseront comme vous. Attirer le regard de toutes les greluches des environs est la meilleure des protections sociales, croyez-en mon expérience. Vous avez pu apporter notre affaire ? »
Le blond rangea ses lunettes de soleil, s’installa décontracté et lança un sourire ravageur accompagné d’un clin d’œil à une petite rousse aux yeux verts qui le dévorait depuis le bar. Le brun s’essuya fébrilement le front et vida d’un trait son verre.
« Oui. Vous n’imaginez pas ce que ca m’a couté de récupérer ces documents. D’un autre côté…
- D’un autre côté ça n’est pas pour rien que nous avons fait appel à vous, Zack. Votre air de ce soir peut bluffer le quidam de ce bar, mais je ne suis pas ce quidam. »
Le blond renvoya un grand sourire éclatant au brun qui se contenta d’une moue boudeuse. La nervosité semblait s’être partiellement dissipée.
« Alors, que pouvez vous nous dire d’autre sur nos chers amis ?
- Mppfff… Je n’ai pas encore pu apprendre grand-chose. Les Eternels n’ont pas encore bougé. Ils attendent la Ride, je pense… »
Jansen marqua une pause et leva un sourcil, guettant une quelconque réaction de son interlocuteur. Elle ne se fit pas attendre.
Carlson commanda deux whiskys et renforça son sourire déjà bien éclatant. La chanteuse était passée à un registre plus moderne qui semblait moins correspondre aux espérances de ses admirateurs au cœur tendre et à la bourse bombée.
« Alors ils pourront attendre longtemps. Sacrée interprétation ! Vous croyez qu’elle va nous servir du Edith Piaf ce soir aussi ?
- Pardon ?
- Elle a eu lieu.
- Edith Piaf ?
- La Ride.»
En entendant ces mots, Zack manqua de tomber de sa chaise sous les yeux d’un Carlson goguenard.
« Je suis étonné que vous ne vous soyez rendu compte de rien. Vous êtes tout de même réputé pour être sensible sur ce sujet.
- Je… euh… bof… »
Le whisky arrivait à temps pour ramasser ses esprits. Une grande gorgée permit d’entamer la défragmentation cérébrale express.
« Ne vous en faites pas. Nos plans ont déjà commencé à être exécutés, et les informations que vous m’apportez garantissent votre intégrale participation, votre récompense prochaine et scellent notre partenariat.
- Vos plans ? Lancés ? Je ne pensais pas que vous étiez déjà prêts… »
Jansen semblait d’un coup un peu plus suspicieux. Il risquait gros sur ce coup là et n’avait de toute évidence pas spécialement envie de se faire doubler. On ne joue pas contre les Eternels sans s’assurer une retraite, leur coopération ou leur disparition. Il ne le savait que trop bien. Carlson ne semblait pas se laisser démonter.
« Vous semblez inquiet sur votre avenir, monsieur Jansen. Vous ne devriez pas vous faire autant de mauvais sang, vous savez ?
- On voit bien que ça n’est pas vous qui jouez votre vie sur un coup de poker.
- Je vous garantis que vous n’avez absolument rien à craindre de vos anciens camarades. Ils seront bientôt totalement dépassés par les évènements et n’auront pas la tête à vous faire la votre au carré. Comme vous nous l’avez fait remarqué pendant votre entretient d’embauche, ils sont bien trop peu pour faire face à quelque chose d’ampleur mondiale… comme une guerre de corporations. »
Le blond lui lança un sourire radieux, plein d’assurance et de promesses. Il se leva, fit un signe à la rousse qui ne tenait plus en place, prit la mallette et tapota l’épaule du brun qui ruminait de sombre pensées. Sur la scène, on entamait un « Noooooon rien de rieeeeeeeeeeen » tonitruant qui lui arracha un « Bingo ». Il s’en alla en sifflotant l’air en question sous le regard songeur de Jansen. La rousse s’arrêta au niveau de la table. Elle n’avait pas l’intention de suivre Carlson. De toute façon, l’illusion tomba.
« Tu vois que tu pouvais tenir jusqu’au bout. »
Un géant aux longs cheveux argentés prit place en face de Zack, mais ce dernier avait définitivement laissé de côté sa petite comédie et, trop absorbé par ses pensées, prit le parti de l’ignorer pour le moment.
« On y va ? On n’a pas que ça à faire. »
Le brun se retourna vers son nouvel interlocuteur. Un grand sourire le dérida.
« Nous sommes partis. Il était temps que cette mascarade se termine. »
Jansen ponctua d’un petit rire sec et se leva prestement. Rainer l’imita.
« Il va quand même falloir que tu m’expliques pourquoi l’autre nase me faisait de l’œil… »